Le cœur d'hiver*(*LES RÉLATIONS HUMAINES ET PERSONNELLES ET LES NOUVELLES TECHNOLOGIES)
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de notre premier rendez-vous. Je suis nerveux, j’aimerais tant qu’il se passe quelque chose... Il y a un mois j'ai trouvé par hasard la photo oubliée de ce cœur d'adolescence et tout m'est venu à la mémoire. Alors, je me suis rappelé que l'anniversaire arrivait et ainsi, en vain, j'ai commencé à chercher son nom comme un fou sur la web, mais aucun moteur de recherche ne m'a servi. Finalement, j'ai décidé d'afficher la photo numérique de notre cœur sur la toile et de laisser connecté l'ordinateur jour et nuit espérant de tout cœur une réponse de sa part.
J'ai déjà reçu plus d'une douzaine de mails me proposant un rendez-vous, mais aucun n'était le sien. Parfois, l'ordinateur restait en pente recevant des pièces jointes avec des tas de photos de toutes sortes de postures... et je devais vite le débrancher et le redémarrer ensuite. Je me suis poliment excusé auprès de toutes et je ne leur ai pas réécrit. Je n'attendais que celui d'Amande, même si je savais au fond de moi même qu’elle ne verrait peut-être jamais le cœur. Cependant, il existe encore une possibilité, étant donné les nombreux links que ce site-là a parmi les principaux quotidiens virtuels.
Ce mois de mai, aujourd'hui, il y a quinze ans exactement que nous nous sommes vus pour la première fois un jour de tempête. Je venais de ranger la pellette avec laquelle mon père et moi avions étendu le béton sur l'entrée de notre garage, quand soudain, un fort orage avec de la grêle a éclaté. À ce moment-là, une voiture s'est arrêtée sous le noyer du chemin et un couple en est sorti avec la plus belle jeune fille que je n'ai jamais vue; une ravissante fille aux cheveux noirs et aux yeux verts. Je les ai invités à se protéger de la terrible bourrasque et ils sont tout de suite entrés dans la maison.
L'orage se dissipait et la fille est sortie. J'étais dehors en train de réparer les traces des semelles sur le béton et les marques de la grêle lorsqu’elle s'est approchée de moi et s'est excusée. Je lui ai demandé son prénom: "Amande" (c'était une prémonition!) Et, tout de suite, nous avons commencé à parler comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Alors que nos parents faisaient connaissance, nous en faisions aussi dans le garage tandis que l'après-midi s’est passé calme, éternel et ensoleillé avec un arc-en-ciel qui me souriait reflété sur son visage. Puis, ils sont sortis et lui ont dit qu’il était le temps de partir. Amande s'est tout de suite levée, elle a pris la pellette et elle a dessiné sur le béton encore frais un petit cœur avec un A et un M. Immédiatement, elle me l'a tendue et elle m'a embrassé sur la joue. Alors, elle s’est mise à courir vers la voiture et ils sont partis.
Nous nous sommes écrits pendant tout l'été. Pourtant en automne, mes lettres n'ont plus eu de réponses. Cet hiver-là a été l’hiver le plus cru, froid et triste de ma vie. Je ne pensais qu'à elle pendant que je faisais des longues promenades. J'avais perdu l'envie de rire et de pleurer, jusqu'à qu'un jour, en rentrant chez nous par le garage, j'ai vu qu'une petite fleur jaune était née entre le A et le M de notre cœur brisé par le verglas de l'hiver. Je suis vite rentré chercher l'appareil photo, convaincu que cela signifiait quelque chose, que nous allions peut-être un jour nous revoir.
Et voilà, grâce aux nouvelles technologies il sera possible: le dernier e-mail que je viens de recevoir est d'une telle Amande qui raconte exactement toute l'histoire, sans oublier un détail. Je savais, dès la naissance de cette fleur, que ce jour arriverait enfin.
M.
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